Sally Sly // France

Posté par staff

Sally Sly

Cette interview a été réalisée en 4 partie : Une petite rétrospective sur le parcours de Sally , une mise au point sur lui et les battles, un plongeon au cœur de son actualité et ses commentaires sur la danse en France.

I) RETROSPECTIVE

À quel âge et comment as-tu commencé le popping ?

Je faisais du basket à la base. J’ai commencé le pop à l’âge de 16 ans. Je venais juste d’arriver à Evry et je ne connaissais personne ; la danse m’a permis de connaître rapidement des gens et de me faire des amis.


Quand tu es arrivé aux halles pour la première fois, tu as dû te prendre une claque. Quels danseurs t’ont donné envie de progresser ? et quels danseurs t’ont aidé ?

Une méchante claque, exactement ! La première fois que je suis arrivé à Châtelet, j’ai vu Fox (Aktuel Force) et Stephane et ils m’ont appris le patinage. Au début je ne comprenais rien aux patins, j’ai lutté pendant des semaines pour essayer de comprendre le truc. Quand je les voyais danser, je croyais vraiment que c’était des extraterrestres. Tous les jours ils m’expliquaient comment faire et j’ai fini maitriser le truc.

À ce moment-là, j’ai vraiment eu envie d’aller plus loin.

Qu’est-ce qui t’a plongé dans le monde des Electric Boogaloos ?

En 1998, il y a eu un casting avec tous les EB. Je ne savais pas exactement ce que c’était que le « Boogaloo ». Mais quand je les ai vu danser, j’ai tout de suite compris que c’était ce style là qui m’intéressait et que c’est ça que je voulais faire.

Avant j’étais à fond dans les wave et les tetris, je touchais un peu à tout, mais je n’arrivais pas à me différencier des autres danseurs. J’ai fait le casting et je n’ai pas été reçu. J’étais dégoûté, et je me suis dit que je devais devenir bon en « Boogaloo ».

Sally Sly
Quelles sont tes influences à part les Electric Boogaloos ?

À la base, ce sont vraiment les Français qui m’ont beaucoup inspiré, notamment Walid. C’est un danseur qui n’a pas arrêté d’évoluer en progressant dans sa danse. C’est un magicien quand il danse…

T’es-tu fixé comme objectif dès le départ de vivre de la danse ou alors c’est venu naturellement ?

Au départ, je ne pensais vraiment pas vivre de la danse. Un jour, j’ai participé à un casting, je pensais vraiment que j’allais être pris, mais je n’ai pas été sélectionné.

Ils cherchaient des danseurs Hip Hop, c’était mon truc, mais je n’ai pas été pris… Pendant 3 – 4 mois, je ne savais vraiment plus où j’en étais et je me suis dit que j’allais peut-être arrêter la danse.

Puis j’ai rencontré les Yamakasi, qui m’ont mis en contact avec l’organisation du Big Dill. Au début les mecs du Big Dill n’étaient pas emballé par des concepts hip-hop, j’ai beaucoup insisté pour qu’ils me laissent juste une petite chance de faire mes preuves, au moins une fois leur montrer ce que je savais faire. Je leur ai fait un petit show, avec une chorégraphie, un thème… et ils ont compris que le hip-hop ce n’était pas juste tourner sur la tête…

Ils ont compris qu’ils pouvaient utiliser cette énergie pour toucher un large public. Petit à petit je me suis vraiment intégré dans le Big Dill. À partir de là, j’ai su que ma vie serait dans la danse.

II) BATTLE

Sally Sly

Petit récapitulatif de tes principaux titres :

Demi-finaliste du Pro am 2001

Finaliste du Bboy Summit 2002

Vainqueur du Pro am 2002

Vainqueur de Pro am 2003

Vainqueur du Bboy summit 2003


En France :

Vainqueur de Total Session 2

Vainqueur de Total Session 5 en 2002

Et tout récemment finaliste du Juste Debout 2004

Tu penses avoir fait le tour des battes où tu va continuer à participer aussi activement aux contests ?

Quand j’allais à un battle , c’était pour me prouver à moi même que je pouvais aller super loin. J’ai eu la chance de gagner, mais pour moi gagner un battle ne veut pas dire être le plus fort, mais se prouver que l’on est dans la bonne direction. A partir du moment où tu gagnes un battle , tu te prouves à toi même et aux gens que c’est bon, que tu sais faire du « Boogaloo » et du « Popping » ; c’est pas que tu es le plus fort non, c’est que tu sais danser tout simplement.

Aujourd’hui ce n’est pas que je n’ai plus envie de faire des contests, mais j’ai moins la motivation. Ou alors il faudrait que le battle soit complètement nouveau, qu’il soit au Japon, en Russie etc. mais si c’est aux Etats-Unis ou en France , je n’ai plus vraiment la motivation car je connais déjà.

Quel est le titre qui t’a fait le plus plaisir ?

Tous m’ont fait beaucoup plaisir. Les premiers battles que j’ai gagnés m’ont marqué, le premier battle que j’ai remporté, c’était à Grenoble : le « total session 2 ». Puis un battle à Saint Denis en 2001 où j’ai vraiment ressenti un truc fort quand j’ai gagné. Mais ma victoire la plus importante est celle de l’année 2003 à Miami.

Gemini avait gagné, j’avais la pression… Il y avait 70 popeurs et je n’en voyais pas le bout, il y avait tellement de monde! Je ne pensais pas que j’aurais pu gagner. J’ai tout de même trouvé l’énergie pour aller jusqu’en finale et gagner contre le frère d’Acki contre qui j’avais perdu en 2002. Quand on a annoncé ma victoire, j’ai vraiment cru que j’allais pleurer tellement c’était fort.

Une défaite qui t’a marqué en particulier ?

Je pense que c’est « Miami 2001 ». C’était mon premier battle aux Etats Unis et je savais bien que je n’allais pas gagner. À cette époque, je n’avais pas compris que je devais donner le maximum sur tous les battle et ne pas danser tranquillement contre des personnes moyennement fortes. Cette défaite m’a dégoûté, mais quelque part c’était normal.

Sally Sly
À propos du Battle d’Evry, Power Battle Circle 2003, ça n’a pas été trop compliqué d’être à la fois organisateur, et participant ?

Ca a été surtout compliqué dans la mesure ou tous nos partenaires qui devaient nous soutenir nous ont laissé tomber et ne nous ont pas donné un centime (sauf le sponsor Adedi). On a dû presque tout couvrir et on a investi alors qu’on savait à l’avance qu’on allait perdre de l’argent. Mais vis-à-vis du public on ne pouvait plus annuler alors qu’on avait annoncé ce battle.

Il y a eu des problèmes d’organisation et d’entente et ça a vraiment été galère. Le prix des places était malheureusement élevé à cause des problèmes de financement, mais pour le prochain ça sera moins cher, ne vous en faites pas !

Vous recommencer donc l’événement malgré ce « demi-échec » ?

Oui car le prochain (au mois d’octobre normalement) sera financé par la Mairie qui a apprécié l’événement.

Concernant ton défi contre Franck des Boogie Brats, beaucoup ont eu l’impression que tu n’étais pas à 100%, un commentaire là-dessus ?

C’est vrai. J’étais ailleurs, pendant que je dansais, je pensais à trop de choses… à des embrouilles d’organisation notamment avec les Electric Boogaloos dans les loges pendant mon défi.

Je tiens vraiment à m’excuser auprès de tous les gens qui sont venus pour voir ce défi et qui m’ont dit que je devais assurer car je n’ai rien fait du tout. Mais je vous promets qu’au prochain, ça sera vraiment la merde !

Tu peux nous dire quel sera le prochain one-one prévu ?

Non pas pour l’instant.

Sur Internet, il y a quelques bruits de couloir comme quoi Pete t’aurais dit que tu n’avais pas réellement « dansé » lors de ce battle….

Je l’ai eu au téléphone, et il ne m’a pas dit ça. Mais s’il l’avait dit, je pense que ça serait normal. Quand tu fais un truc, il faut assumer, contre Franck je n’ai pas assuré, ça arrive et je l’assume.

Sally Sly
À propos du Juste Debout 2004, au niveau de l’organisation et de l’esprit de l’événement, tout le monde est globalement très satisfait, tes impressions sur l’événement ?

J’ai adoré. C’était marrant car je ne savais pas si j’allais le faire, puis avec Fox, on s’est motivé pour le faire, mais il a eu un empêchement et 2 jours avant l’événement et il a dû annuler.

J’ai appelé Sébastien juste avant le battle pour qu’il le fasse avec moi et on l’a fait. On s’était fixé pour le battle de ne faire que du Boogaloo, sans faire de vagues etc. ,juste du Boogaloo ; et on s’est fait plaisir.


Comment as-tu pris votre défaite (toi et Seb) en finale contre Salah et Damon ?

D’un côté il y a ceux qui aiment le Boogaloo, d’autres les waves. Il s’est trouvé qu’on a perdu, mais ce n’est pas un soucis car on s’est vraiment fait plaisir et c’était un très bon événement.

Le problème qui se pose souvent est celui des battes ou il y a confrontation entre Boogaloo et un autre style moins « académique » comme l’animation par exemple. Dans ce cas, il s’agit surtout des goûts personnels des jurys qui vont trancher mais ce n’est pas forcément les goûts de tout le monde et ça crée des polémiques, toi qui est aussi bien jugé que jury; à ton avis comment pourrait-on « régler » équitablement ce genre de dilemme ?

Pour un battle , je crois que le plus important n’est pas la technique, mais de repérer celui qui est le plus à l’aise sur le floor et qui vit la musique. Je pense que c’est le charisme et l’assurance qui fait gagner une personne et pas forcément son style de danse.

III) ACTUALITE

Ton actualité est débordante avec des organisations de battles, des poppin contest où tu es jury ou participant, des interviews (Radikal …), des émission TV (Big Dill…), tu es chorégraphe de Willy Densez, tu es co-producteur de dvd sur la danse Hip Hop avec ton équipe (15 000 ventes à ce jour)…
Niveau opportunités, cela marche relativement bien pour toi, comment es-tu parvenu à devenir aussi incontournable dans « le bizness » de la danse debout en France ?

Au début j’ai fait des erreurs. Aujourd’hui je sais que participer à un casting contemporain/hip hop ne permet pas forcément d’ouvrir des portes, ce n’est pas la vérité. L’opportunité, il faut la créer soit même. Il faut tenter de créer ses castings si on le peut, il faut organiser ses propres événements en faisant les démarches pour. Mais pour cela, il faut s’investir, faire un CV, un book,des ouvertures… Et ça, je l’ai appris surtout grâce à Séverine que je remercie.

À propos de ces fameux dvds, le fait que tu te sois dit 3 fois champion du monde a fait beaucoup réagir. Il est compréhensible que c’est un moyen commercial comme un autre de toucher le grand public, mais qu’as-tu à dire aux puristes qui savent très bien qu’il n’y a pas de championnat du monde officiel en danse ?

C’est clair (rires).

En fait il faut savoir que je suis juste coproducteur. A la base je suis arrivé avec mes titres tout simplement, mais derrière ça, eux (la production), pour pouvoir faire vendre le dvd , ils ont besoin d’utiliser le titre « champion du monde ». Ils ne peuvent pas dire « il a gagné ceci et cela » sur le dvd : ça a beaucoup moins d’impact.

Dans la danse, on n’a pas de reconnaissance aux yeux du grand public ; je pense qu’il faut montrer qu’il y a des choses qui existent vraiment dans notre danse, des choses concrètes. C’est très important. Si on dit qu’il y a un battle dans un quartier qui a bien fonctionné c’est bien mais ce n’est pas juste comme ça qu’on aura de la reconnaissance. Il faut dire qu’il y a des battles avec des Japonais, des Américains… pour que le truc soit encore plus significatif.

Les titres que j’ai gagnés aux States, je ne les ai pas volés, et il y avait des popeurs de tous les pays. Donc cela peut représenter un championnat du monde, et le statut de championnat du monde peut donner une meilleure image de la danse et de ce qui s’y organise et nous faire prendre plus au sérieux.

Pourquoi ne pas avoir simplement dit que tu avais gagné plusieurs titres internationaux, ça sonne moins bien certes, mais c’est peut être plus vrai du côté de l’underground ?

On parle toujours d’underground. Mais il faut admettre que ce n’est pas l’underground qui apporte l’argent. Moi j’essaie d’être entre les deux et de jongler entre le commercial tout en gardant un côté underground. Et pour jumeler les 2, on est obligé de dire des choses qui touchent tout le monde et pas que les puristes.

Cela ne veut donc pas dire que tu te considères comme le numéro un au monde ?

Non pas du tout !

Sally Sly
En parlant de Pete, est-ce que tu continus à suivre des cours avec les originaux ?

Oui toujours. D’ailleurs on organise les stages pour pouvoir profiter de leur énergie au maximum.

Tu penses que tu auras toujours à apprendre d’eux, ou qu’à présent tu peux avancer tout seul ?

Ils auront toujours quelque chose à nous apporter. Ils sont très en avance. Je pense surtout à un jour où j’avais dit à Popin Pete que pour moi c’était le numéro un, il m’a répondu que non, le numéro un c’était Boogaloo Sam, car quand il danse, il ne suit pas simplement le beat, il crée la musique… J’ai analysé sa façon de danser et j’ai compris que c’était lui le boss , et qu’ils seraient toujours super loin…

Tu as encore le temps de t’entraîner sérieusement ?

Oui je m’entraîne toujours tout le temps. Mais c’est vrai que je m’entraîne moins que juste avant un événement genre avant Miami ou avant le Juste Debout.

Tu donnes des cours en même temps ?

Non j’ai arrêté de donner des cours. Il y a souvent un net décalage entre les professeurs qui veulent enseigner leur passion et les élèves qui veulent du « Tragedy » ou du « Willy Densey ». Je préfère laisser les cours à d’autres personnes qui apprécient plus le truc, me consacrer vraiment ce que je veux faire et avancer.

Quels sont tes projets dans un futur proche et tes projets à long terme ?

Mon rêve le plus profond serait que tous les danseurs puissent enfin être reconnus, au même titre que tous ces chanteurs du star-système. Pourquoi par exemple des gens comme les Wanted qui déchirent en danse ne sont pas reconnus autant que Céline Dion dans le monde de la chanson ? Ils sont au moins aussi talentueux dans leur domaine. Certains chanteurs gagnent des millions et certains danseurs sont activistes depuis 15 ans et n’ont toujours pas de notoriété.

Une émission va être mis en place et son but sera de faire sortir ces danseurs de l’ombre pour qu’enfin ils se fassent connaître. Beaucoup de gens croient que je veux faire simplement du bizness, mais j’ai perdu beaucoup d’argent, à peu près 500 000 francs depuis le début, mais je ne désespère pas, je sais qu’il y a des choses à faire pour améliorer les choses et je sais qu’on finira par y arriver.

À long terme, j’aimerais parvenir à trouver des opportunités de jumeler, les radios, les magasines, les sites Internet, tous les médias et qu’on puisse être solidaires pour développer des projets hip-hop.

Un film sur le Hip-Hop est aussi un projet vague pour l’instant, mais que j’aimerais beaucoup concrétiser dans le futur.

IV) EN FRANCE …

Certains trouvent que la danse, rime trop avec « Boogaloo » . Penses-tu qu’il y a encore des portes à ouvrir, ou que les gens vont finir par se lasser et revenir un peu plus dans l’animation… ?

Avec le temps, si on regarde des mecs comme Skeeter Rabbit ou Popin Pete, ils arrivent, en jouant avec le pop, le robotisme… à donner différents styles dans leur Boogaloo. Et je crois que c’est cela qu’on doit suivre en France : c’est pouvoir assembler les styles qui existent et qu’on apprécie et pouvoir les « mettre » dans le Boogaloo. Il n’y a que comme ça que pourra évoluer le Boogaloo.

Il ne faut pas non plus écouter que des sons Boogaloo. C’est pour cela que par exemple lors de mon défi au Power Circle, j’ai tenu à faire le défi sur du West Coast, car je sais que si on reste toujours sur le funk , on dansera toujours de la même facon, on pourrai trop « s’enfermer ». La West Coast peut permettre au Boogaloo de se développer davantage. On peut se donner une touche précise dans le Boogaloo, avec diverses influences de styles, par exemple en intégrant du robotisme, un peu de new style…

Quel est le meilleur niveau en pop actuellement entre les Etats-Unis, le Japon et la France ?

Actuellement pour moi, les Japonais sont très forts, il n’y a rien à dire, mais ils leur manquent quelque chose. Par exemple en France, nous avons vraiment des cartes maîtresses, je pense à des gens comme Fox, Walid, Bruce, Claise… Je ne peux pas tous les citer. Ils ont chacun des styles bien différents et bien à eux.

Alors que si tu vas au Japon, tu verras un clone de Taco, un clone de Pete … ; techniquement ils sont peut-être plus forts que nous, mais au niveau du style et du ressenti on est devant.

Pour moi, les Etats-Unis restent les plus forts, en style, en sappes, en état d’esprit purement pop et Boogaloo.

Donc pour moi : 1) Etats-Unis 2) France 3) Japon

Si on devait faire un France/Japon ou un France/USA, quelle serai à ton avis la formation idéale de l’équipe française (5 danseurs) ?

Ah, question piège ! (rires)

Hum… Je dirai Walid, Stiga, Fox, Bruce, et moi.

Concernant les « anciens » en France, il y en a peu qui continue à faire régulièrement les battles. Comment interprètes-tu cela, manque de motivation ? plus rien à prouver ? place aux jeunes ? autre ?

Je pense que les anciens ont un certain statut et je les comprends un peu. Ce n’est pas une peur, je pense qu’ils n’ont pas envie de « s’abaisser » à danser dans une compétition et éventuellement de perdre. Je ne sais pas trop comment expliquer cela , je vois ça comme une envie de rester toujours à un certain niveau « au dessus », de ne pas danser que contre des jeunes , de « rester des anciens » en quelques sortes.

Dédicaces:

Lady Séverine car tous mes projets se font avec elle, Polo avec qui on milite pour que la danse se développe, mon pote Sébastien de Suisse, mes parents et tout ceux que j’oublie bien sûr.

Merci beaucoup a toi.

Interview réalisée par Auré
le 28/04/2004



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